Noir et Blanc – chap4

Elle était juste là, juste à côté de moi. Avant de tourner la tête pour me regarder, elle fixait un point juste à côté du prof, comme hypnotisée.

Ses longs cheveux noirs de jais étaient retenus en queue de cheval. De petites tresses couvraient le côté de sa tête juste en haut de l’oreille. Son visage rond, accentué par ses yeux noirs, faisait ressortir ses pommettes.

Comme une poupée…

Elle portait un legging à motif aztèque régulier de couleur brun foncé, noir et blanc. Le haut était caché par un grand chandail gris à manche courte avec l’imprimé d’un tigre nous faisant face, gueule grande ouverte.

Je l’avais remarqué lorsque nous étions dans l’auditorium. Son regard s’était posé sur moi et elle m’avait dévisagé différemment des autres.

Le professeur responsable se mit à marcher vers l’escalier suivi par tous les élèves de ma classe. Celle avec qui je vais passer l’année et je vais passer l’année avec cette poupée, bien étrange puisque personne ne lui accordait la moindre attention.

Notre classe se trouvait au troisième étage dans la salle du fond. Rien de bien spécial à part le fait qu’il y avait plus de fenêtres que de chaises. Après nous être attribués les places par ordre alphabétique, ce qui me plaçait dans le fond de la classe, le prof, M. Bolduc, enseignant de mathématique, se présenta et fit une brève description des règlements de l’école.

Mais rien de tout cela ne m’intéressait. Mon regard n’avait pas lâché une seconde la poupée depuis l’entrée en classe. Elle non plus n’écoutait pas M. Bolduc. Placée à l’extrémité droite de la salle, il y avait aucune chance que le prof ait vu la feuille sur laquelle toute son attention était posée. Un crayon à la main, elle le faisait danser sur la surface blanche telle une experte. J’avais même commencé à imaginer quelle sorte de dessin elle pouvait dessiner.

Paysage, animaux, scène de la vie normale, portrait, imaginaire, abstrait, horreur ou moi. J’effaçais tout de suite cette idée. Par quel malheur elle aurait le goût de me dessiner et pourquoi?

Après une vingtaine de minutes à parler dans le vide, l’enseignant nous invita à quitter la classe. Juste avant, il nous passa une feuille avec notre horaire, notre numéro de casier et le code qui venait avec celui-ci.

Mon casier, le 179.

Code en tête et horaire en main, on nous donna enfin la possibilité de retourner chez nous et de profiter de notre dernier après-midi de congé avant longtemps. De l’école à la maison, mon esprit fut seulement occupé par la fille-poupée et rien d’autre, tellement que je crois que j’aurais besoin d’une marche au clair de lune cette nuit.